Le Parlement vient d’achever l’examen du texte ; il est très long et comporte beaucoup de rubriques. Nous les discuterons donc l’une après l’autre.
Je pars du texte de base ; je ne tiens pas compte des amendements qui pourraient être votés et dont je n’ai pas le détail.
I – L’HABITAT
Le secteur du bâtiment consomme 40% de l’énergie totale ; c’est donc un poste important pour nos écologistes. Il est normal de le faire passer en premier.
L’article 4 donne pour objectif de ne plus construire de bâtiment neuf – hors bâtiment industriel – présentant une consommation d’énergie primaire (fossile ou nucléaire) supérieure à 50 kWh/m²/an, et ce dès 2012 pour le privé et 2010 pour les bâtiments publics.
L’article 5 s’attaque aux rénovations avec pour objectif une réduction de 40% de la consommation d’énergie et de 50% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 10 ans soit 2020 (point de départ 2010). Les travaux de rénovation des bâtiments publics seront engagés après diagnostic et au plus tard en 2012. Cela représente 50 à 70 millions de m².
Les 800.000 logements sociaux existants dont la consommation actuelle est supérieure à 230 kWH/m²/an devront aussi être rénovés entre 2009 et 2020 pour atteindre un maximum de 150 kWH/m²/an. A cet effet des prêts à taux privilégiés seront consentis aux offices HLM.
Dans le secteur privé l’état favorisera la rénovation du parc résidentiel avec les mêmes objectifs en proposant des prêts défiscalisés et des crédits d’impôt pour les biens locatifs. Des dispositifs d’aides sont aussi prévus pour les syndicats de copropriétaires lorsqu’il s’agira de rénovation de systèmes collectifs. Le projet ne parle pas des 30.000 euros de prêts à taux zéro garantis par l’état qui sont une nouvelle lubie de notre président constructiviste.
L’article 6 prévoit la formation professionnelle des acteurs du bâtiment en thermique, acoustique et qualité de l’air intérieur, et des programmes publics de recherche.
DISCUSSION :
La première question que l’on se pose c’est : combien ça coûte ? Mais ce n’est pas l’essentiel.
Il est tout à fait louable de vouloir améliorer l’habitat existant et rénover les usines à courant d’air que nous avons construites tout particulièrement dans les années 60 à 80. A commencer par les HLM. A part le côté irréaliste du programme de rénovation des HLM et bâtiments publics, je n’ai rien contre les incitations fiscales pour l’amélioration de l’habitat – sauf qu’elles existent déjà et sont données avec parcimonie.
De même les professionnels du chauffage et les architectes sont déjà formés aux solutions énergétiques, et si l’on trouve peu d’installateurs, c’est d’une part parce que le grand public est peu sensibilisé et peu demandeur (ils ont l’impression que c’est hors de prix), d’autre part parce que les freins administratifs sont tellement violents qu’on a le temps de construire 3 immeubles de 20 étages avant de pouvoir installer un simple chauffe-eau solaire ou une pompe à chaleur (OK, je pousse un peu, là…).
Pour mémoire une climatisation réversible (pompe à chaleur air-air) ne coûte que 1000 euros et ne demande aucun entretien. Défaut : c’est laid et il faut éviter de la mettre en vue sur la façade, et s’il y a derrière un mur aveugle, ça peut être bruyant. En fait par rapport à un classique chauffage au gaz ou au fuel, l’installation est moins chère, sans danger, c’est programmable, efficace, et la consommation électrique est ridicule (mise en route et ajustements automatiques de température). Il ne devrait donc pas y avoir nécessité de défiscaliser ce type de produit. Attention cependant : il y a une limite d’efficacité : en dessous de – 5°C, ça ne marche plus. On n’installera donc pas ça dans un endroit où le thermomètre descend à moins 20 un mois par an, ou bien il faudra un système de relai.
Ceci dit la première source d’économies d’énergie consiste à bien isoler sa maison et à la ventiler correctement. C’est bien ça le plus coûteux, mais c’est déjà défiscalisé. Etendre la défiscalisation au locatif est bel et bon, mais encore faudrait-il que les loyers perçus ne soient plus surtaxés comme ils le sont. Peut-être les propriétaires seraient-ils alors enclins à faire des efforts, car tous travaux importants sur un appartement loué reviennent à ramener à l’infini le retour d’investissement et à pomper tous les bénéfices de plusieurs années de location. Sans compter que pendant les travaux, on ne loue pas. Il faut donc attendre un départ de locataire.
Mais le point noir est vraiment l’objectif de 50 kWH dans le neuf.
Je ne sais pas qui est à l’origine de cet objectif, mais IL EST MARTEAU !
Je me suis livrée à un petit calcul sur une maison de 80 m². J’ai considéré qu’elle était correctement isolée, qu’elle avait le confort moderne (lave-linge, lave vaisselle, congélateur, TV, qu’elle était chauffée uniquement par pompe à chaleur et avait un chauffe-eau solaire. L’éclairage se fait par ampoules basse consommation. Les calculs ont été faits en suivant les préconisations des constructeurs de matériel (il suffit de lire les étiquettes), et en faisant des suppositions sur la durée d’utilisation des appareils en fonction de ce que je fais chez moi. Je n’ai pas passé l’aspirateur. La maison en question ne doit donc avoir ni tapis ni moquette. Il n’y a pas de pelouse à tondre, moins encore de piscine. Les volets sont manuels et non électriques. Je suis arrivée à un résultat d’environ 100 kWH/m²/an.
J’en conclus que pour atteindre l’objectif il me faut cesser de m’éclairer – donc me lever et me coucher avec le soleil, évidemment ne pas bloguer (mais la Halde va bientôt me l’interdire ou bien le Grand Observateur des Economies d’Energie que le gouvernement ne va pas manquer de créer), me chauffer au poêle à bois (mise en route manuelle) et utiliser le charbon de bois pour faire la cuisine, laver le linge et la vaisselle à la main (tant pis pour le gaspillage d’eau et l’excès de produits de nettoyage polluants), et bien entendu supprimer le congélateur. Peut-être pourrais-je garder la TV pour voir et entendre la propagande d’état. Dans la journée.
Si j’ai une pelouse j’investirai dans quelques moutons* (selon la taille) pour la brouter et je me déclarerai exploitation agricole pour avoir les subventions de la PAC !
Mes nouveaux horaires seront peu propices à un emploi à l’extérieur mais comme je ne pourrai plus me déplacer, et que d’ailleurs il n’y aura plus d’emplois sauf pour les fonctionnaires et les Grands Observateurs, ce ne sera pas un problème. Ceux-ci pourront négocier un temps de présence de 10 heures à 15 heures. D’ailleurs puisque personne d’autre ne travaillera ils n’auront pas grand-chose à faire.
Je survivrai grâce à mes moutons qui me donneront de la laine et à mon potager bio. J’espère que les fonctionnaires ne rétabliront pas la taille, la corvée et la gabelle.
Nous avions proposé dans le programme que nous avions fait pour une écologie libérale que les permis de construire incluent un bilan énergétique et que les objectifs soient fixés par les collectivités locales, chaque année, en concertation avec les professionnels du bâtiment, selon les possibilités techniques du moment et leur coût, les contraintes locales, l’objectif étant d’optimiser le bilan énergétique pour un coût économique acceptable. Mais non, nos ministres savent mieux que les professionnels, ils ne peuvent pas s’empêcher de décréter d’en haut ce qui doit être fait.
*quoique certains ministres feraient l’affaire mais je ne pense pas qu’ils seraient d’accord !
CONCLUSION :
C’est mal parti. Dès la première rubrique, le Grenelle accouche d’une ânerie coûteuse et dangereuse.
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PARTI LIBERAL DEMOCRATE