Bien que tout ait été dit sur la crise, je ne peux pas résister à passer ce message de Philippr Robert que je trouve parfaitement explicite et d'une remarquable lucidité.
Réseau Liberté
La planète tout entière semble s'en remettre au G20, réuni sous la nerveuse impulsion du président Sarkozy le week-end dernier, à
Washington, pour adapter au XXIe siècle des règles en vigueur au XXe et qui, selon lui, ont failli.
Dans Le Figaro magazine (15/11/08), rubrique C'est pourtant vrai ! Mathieu
Laine a publié une lumineuse analyse intitulée : "Roosevelt avait tout faux !". A soixante-dix ans de distance, Les mêmes causes vont-elles produire les mêmes effets ?
Déroulement du film : "Avec l'hypercrise, Roosevelt fait à nouveau figure de référence ultime. L'"historiquement correct"
(selon l'expression de Jean Sévillia) est hélas passé par là ! Car le fameux New Deal n'a pas résolu la crise, mais l'a aggravée".
Démonstration : "Celle-ci provenait notamment des conséquences néfastes d'une loi protectionniste (Smoot-Hawley tariff act) et d'une
politique monétaire expansionniste, suivie en 1928 d'une contraction monétaire radicale qui fit disparaître en trois ans le quart de la monnaie en circulation".
Soulignons déjà qu'en matière de politique monétaire expansionniste, le Maestro Alan Greenspan, aux
commandes de la FED du 11 août 1987 au 31 janvier 2006, n'y est pas allé de main morte dans ses manipulations de taux à court terme !
Mais poursuivons : "Hoover, qualifié à tort de libéral, avait mis de l'huile sur le feu en limitant les baisses de salaire, en
augmentant les dépenses de l'Etat de 16 à 21% du PIB et en propulsant le taux marginal d'imposition de 24% à 63%". Dont acte.
Venons-en maintenant directement à Roosevelt : "Quant à Roosevelt, élu en 1932, il a augmenté les tranches de taux marginales
d'imposition à 90% (!) et les dépenses budgétaires de 83% entre 1933 et 1936. La dette augmenta de 73% et le dirigisme s'installa".
Maléfices du dirigisme : "Il créa aussi des centaines d'usines à gaz, dont Fannie Mae, à l'origine de la crise
des subprimes... Résultat : la crise s'est prolongée, la production industrielle a chuté de 25% et le taux de chômage est passé de 3% en 1928 à 26% en 1934".
Enfin et heureusement, passant de l'ombre à la lumière : "jusqu'à ce que Truman remette en cause les effets
pervers de la spirale interventionniste et entreprenne de libérer cette économie". En quelque sorte, miracle chez les démocrates !
Seulement armé de mon intuition, il m'a donc paru important d'évoquer les errements rooseveltiens ici décrits par Mathieu Laine
pour essayer, dans la mesure du possible, d'anticiper les conséquences futures d'une portée planétaire de la réunion expresse du
G20.
Dans ma fibre libérale, c'est le scepticisme qui l'emporte. En effet, la Déclaration du sommet sur les marchés financiers et l'économie
mondiale (17 pages sur www.elysee.fr !), émise à l'issue de la réunion de Washington, ne laisse pas de
m'inquiéter à l'instar, naturellement, de la plupart des initiatives politiques envisagées.
Ainsi, le G20 analyse-t-il (3.) : "Durant la période de
croissance mondiale soutenue, d'essor de flux de capitaux et de stabilité prolongée qui a marqué les débuts de cette décennie, les acteurs des marchés ont cherché à obtenir des rendements plus
élevés sans évaluer les risques de façon adéquate et sans faire preuve de la vigilance requise (...)".
Plus loin dans le texte : "(...) les régulateurs et les superviseurs n'ont pas réussi à évaluer les risques qui s'accumulaient sur les
marchés financiers et à y répondre de manière adéquate, à suivre le rythme des innnovations financières et à prendre en compte les ramifications systémiques des mesures de régulation
nationales".
Qu'en termes truffés d'omissions fort opportunes pour leur réputation ces choses-là sont dites par nos princes planétaires qui, pour ne
pas trop effrayer le chaland, veulent bien concéder que les réformes prônées par le G20 (12.) "ne porteront leurs fruits que si elles s'appuient sur des économies fondées sur les
principes du libre marché, notamment l'état de droit, le respect de la propriété privée, l'ouverture des échanges et des investissements, la concurrence entre les marchés et des systèmes
financiers efficaces et régulés de manière adéquate".
Peut-être, mais que vaut un marché libre dès lors qu'il se trouve entravé par mille moyens réglementaires aux seules mains des Etats ? Par
exemple, le G20 cite le principe de l'état de droit comme s'il devait s'appliquer de manière asymétrique : le marché, seul, doit en tout s'y conformer quand l'Etat, alors
réputé dire le Droit et non plus seulement promulguer des lois soumises au Droit, en serait lui-même exonéré ?
Le 9 septembre dernier, Vincent Bénard, président de l'Institut Hayek basé à Bruxelles, publiait un article dans Le Figaro
intitulé : "Subprime : marché accusé, Etat coupable". En voici la conclusion que je propose à votre réflexion :
"Aujourd'hui, nombre d'experts estiment que sans le CRA*, sans les GSE **, l'accès à
la propriété des minorités se serait tout de même développé, moins rapidement mais plus sainement. En voulant accélérer artificiellement ce que l'économie libre accomplissait à son rythme, c'est
l'Etat, tantôt régulateur, tantôt législateur, qui a poussé à l'irresponsabilité les acteurs de la chaîne du crédit, provoqué une crise financière grave, et acculé à la faillite nombre de
familles qu'il prétendait aider".
Invité du Talk Orange-le Figaro le 21 octobre dernier, le libéral et très honnête homme Alain Madelin renchérit : "Les
subprimes, c'est vraiment une création du marché politique, avec les meilleures intentions du monde. On a voulu forcer les banques à prêter aux pauvres". Des bonnes intentions, certes,
mais qui finissent toujours par emporter le monde dans leur chute...
Cerise sur le gâteau sous la plume d'Yves de Kerdrel dans Le Figaro du 14 octobre : "L'action publique s'est déconsidérée
comme jamais à l'occasion de cette crise financière. Qu'il s'agisse des incantations sur les garanties de dépôts, des tentatives de concertations à 4, 7, 15 ou 20, des sauvetages de banques, et
enfin des actions minimalistes des banques centrales. Tout a échoué. Les Etats n'ont pas constitué la solution, mais un problème de plus tant leurs manières de raisonner sont différentes et
tant leurs déclarations intempestives ont créé un climat anxiogène". Quelle charge, tout de même, dans le généralement si prudent Figaro !!
Il s'agit là de ce que la politique peut produire de pire, en particulier dans une économie globale qui ne connaît plus aucune
frontières; c'est pourquoi, fruit d'une erreur politique répétée à satiété, j'éprouve toutes les craintes que la crise en cours ne soit amplifiée et prolongée par une action
tout aussi empoisonnée, puisque d'essence purement politique, directement issue des grandes manoeuvres du G20 à Washington.
On pourra mettre tout ce qu'on veut sur le dos d'un (ultra)libéralisme et de "superlibéraux" (Bernard Carayon) sans foi ni loi, mais
les faits, têtus, sont là et bien là : c'est la politique, et plus spécialement les Etats dits providence qui sont, dans cette affaire comme dans nombre
d'autres, les premiers et derniers coupables.
* CRA : Community Reinvestment Act de 1977 (loi antidiscriminatoire).
** GSE : Government Sponsored Enterprise (i.e. Fannie Mae et Freddie Mac entreprises privées hybrides sous la coupe de
l'Etat).
> Librement !
> Philippe (Sully) ROBERT
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