Chronique de l’Association des Contribuables d’Aubagne - Gabriel Lévy. 16 mai 2008.
1- « La France est le 3ème donateur au niveau mondial pour l’
APD ».
Le site du ministère des affaires étrangères et européennes résume ainsi, à la date du 4 avril 2008, le rapport 2007 de l’OCDE relatif à l’aide internationale au développement (APD)
(1).
Les contribuables français apprendront :
- Qu’ils ont contribué pour 9, 94 milliards d’euros en 2007 (
8,5 milliards en 2006),
- Que la France est au 3ème rang mondial des pays
donateurs,
- Qu’elle se situe au « premier rang des pays du
G8 en termes d’effort d’aide publique ramené au revenu national brut »,
- Que nous nous sommes engagés à consacrer 0,7 % de notre
revenu national brut en 2015,
- Que l’aide française exprimée en dollars courants a augmenté
de 4,3 % entre 2006 et 2007, soit plus que la moyenne des pays de l’Union Européenne ( + 3 %),
- Que les deux tiers de ces sommes ont été réservées à
l’Afrique en 2005.
2- Les autres concours
Indépendamment des dons affectés au développement, la France verse une participation obligatoire à de nombreux organismes internationaux comme l’OMS et l’Unesco, ainsi que des contributions
volontaires, d’une part à des programmes des Nations Unies, comme celui de l’UNICEF, et d’autre part, dans le cadre de conventions bilatérales spécifiques, ou dans celui des actions humanitaires,
lorsque survient une catastrophe dans un pays défavorisé.
Ces sommes ne suffisant pas, M. Douste-Blazy, dans un appel récent (2), « plaide pour que
l’addition de financements innovants (telle que la taxe sur les billets d’avion, instituée par M. Chirac) viennent soutenir l’aide publique ». Nous ne percevons pas la
différence entre une taxe réglée par les usagers et « l’aide publique » assurée par leurs impôts.
Par ailleurs, « à coté de l’Agence Française de Développement (AFD), la DGCID du ministère des
affaires étrangères et européennes a choisi de mobiliser davantage les autres prestataires de l’APD ». Même « les collectivités territoriales prennent une importance croissante
en ce domaine », ce qui n’entrait pas, jusqu’à présent, dans le domaine des compétences de ces collectivités, ainsi qu’elles sont précisées par le Code Général des Collectivités
Territoriales (3).
Enfin (enfin, le mot est-il adéquat ?), la France participe à des actions ponctuelles.
Ainsi, en 2005, il a été « mobilisé au profit de l’Autorité Palestinienne, une contribution financière mondiale à hauteur de trois milliards de dollars par an durant les trois années à
venir », indépendamment des fonds débloqués par la France en 2008 à la suite de la "conférence des donateurs" qui s'est tenue à Paris en décembre 2007. De même, à l’issue de la
"conférence internationale sur le soutien au Liban" (Paris 25 janvier 2007), la France a décidé « d’apporter un concours significatif, sous forme d’un prêt à des conditions avantageuses de
500 millions d’euros ». Aucun doute, le bénéfice de cette aide est probablement parti dans la fumée des explosifs, lors du récent conflit inter-religieux.
3- Qu’elle est la justification de cette aide ?
Le site énonce : « L’aide au développement répond à un impératif de solidarité qui est au cœur du pacte républicain français. Elle répond également au souci de vivre dans un monde
plus sûr ».
4- Vivons-nous dans un monde plus sûr ? Quel est le résultat de ces actions ?
Selon une réponse ministérielle (4), « les autorités françaises sont bien conscientes des défis que pose l'augmentation de l'aide en termes de capacité d'absorption du surcroît
(sic) d'APD, de transparence dans l'utilisation des fonds, et de redistribution de ces ressources au bénéfice des populations. Ces flux d'aide en augmentation s'inscrivent dans le
cadre d'une approche globale incluant un renforcement de la bonne gouvernance des pays récipiendaires ».
Nos dirigeants sont d’un optimisme excessif, car ils ne peuvent pas affirmer – tant s’en faut – que,
dans les pays récipiendaires, ont cessé les financements servant à l’achat d’armes, à la poursuite des guerres tribales ou religieuses, aux conflits armés, au terrorisme, à l’enseignement de
la haine.
Nos dirigeants affectionnent, dans leurs discours, la formule « gagnant-gagnant ». Ils
devraient préférer celle de « donnant-donnant ».
5- L’utilisation de ces sommes est-elle parfaitement contrôlée ?
Nos dirigeants ne peuvent pas, non plus, affirmer que les sommes considérables prélevées auprès des contribuables français n’alimentent pas la corruption dans les pays qui les reçoivent, ni même
dans ceux qui les donnent. Rappelons – incidemment - que l’ambassadeur de France à l’ONU, de 1991 à 1995 « a reconnu devant le juge avoir été "remercié" par le ministre irakien Tarek
Aziz, en octobre 2001, par l'attribution de quotas de pétrole d'un volume de 2 millions de barils, qui lui ont permis de dégager un bénéfice personnel de 150 000 dollars » (5). Des
remerciements pour service rendu, car la France, par son truchement, avait présenté à l’ONU la résolution permettant à M. Saddam Hussein de contourner l’embargo de l’Irak.
La corruption est-elle endémique ?
Laissons le soin de répondre à Madame Inga-Britt Ahlenius, secrétaire générale adjointe de l'ONU, en charge du Bureau des services de contrôle interne (BSCI) à propos de 290 dossiers
suspects : "nous ne nous attendions pas à découvrir un tel niveau de fraude, de corruption et de mauvaise gestion » (6).
6- En définitive.
La politique étrangère des pays occidentaux alimente un tonneau des Danaïdes. Des sommes considérables se perdent dans les déserts, dans des officines gouvernementales ou extra-gouvernementa
les, et servent manifestement à poursuivre le financement du terrorisme et des guerres.
L’inefficacité de ces aides, et la corruption qui les accompagnent, ne permettent ni de répondre à
« l’impératif de solidarité qui est au cœur du pacte républicain français », ni « au souci de vivre dans un monde plus sûr ». Nos dirigeants ne sont
probablement pas assez stupides pour ne pas être convaincus de cet échec. Or, ils s’ingénient à prolonger cet échec en créant de nouveaux financements (7) et en multipliant les institutions. Ils
continuent à promouvoir un multilatéralisme pernicieux, source de paralysie et de gabegie, au lieu de régler nos rapports directement d’état à état.
S’il s’agissait seulement de réunir 5 ou 6 pays pour une action précise, l’on pourrait alors espérer
l’efficacité. L’hypothèse est désormais abandonnée pour tenter de faire naître une « enceinte méditerranéenne » surdimensionné e (47 pays !), dite « Union
Méditerranéenne ».
Quelles raisons ont-ils pour persister ? Nous ne trouvons que trois explications à leur
comportement : la soumission au chantage d’un prétendu conflit de civilisations, la « cotisation » pour accéder à l’audience internationale, consécration suprême des ego, et enfin
le « retour sur investissement pour nos riches », puisque selon la phrase d’un humoriste : « L’aide pour le développement, cette excellente manière de
prendre l'argent aux pauvres des pays riches pour le donner aux riches des pays pauvres, qui en rétrocèdent une partie non négligeable aux riches des pays riches »… Tant pis pour les
pauvres de ces pays qui se croient encore riches !
1- Site : www.diplomatie. gouv.fr.
2- Le Figaro du 30 avril 2008.
3- Article L.2121-29 du code général des collectivités
territoriales
4- Question écrite de M. Roland Blum n°7064, JO, 01 novembre 2005, page
10158
5- Le Monde du 13 octobre 2005
6- Le Monde du 12 janvier 2008.
7- CAD de l’OCDE, programme MEDA, remplacé depuis le 1er janvier
2007 par l’IEVP et les interventions de la BEI et la FEMIP, Office de coopération EuroAid, BERD etc. In : Rapport d’information n°449 de l’assemblée nationale, pages 73 à
90.