Vendredi 25 septembre 2009 5 25 /09 /2009 18:22

Avant-hier l’AFEV (Association de la Fondation Etudiante pour la Ville) a organisé sa 2e journée du refus de l’échec scolaire.

 

Un peu comme à Moscou, il y a chaque jour une journée pour quelque chose. La fête des Voisins consiste à boire un pot avec ses voisins une fois par an et leur faire la gueule le reste de l’année ; la Saint-Valentin permet d’inviter son épouse au resto une fois par an et de se lancer la vaisselle à la tête les autres jours ; la fête des Mères ou des Pères revient à se souvenir une fois par an que l’on a des parents à l’autre bout de la France ; il y a maintenant la journée des enfants, des grands parents, des chiens et chats, de la musique, du patrimoine… J’ai un peu perdu le compte. Comme il n’y a que 365 jours dans l’année il y a heureusement une limite, sinon il faudra faire des demi - journées.

 

Je ne sais pas si la Journée de refus de l’échec scolaire consiste à mettre les cancres au boulot une fois par an.

 

En réalité l’AFEV, dont j’ai visionné le site, est une association très visiblement à gauche, et pétrie de bonnes intentions, celles dont l’enfer est pavé. Je passe sur les lieux communs habituels sur l’engagement citoyen, la place sociétale des parents et autres billevesées. L’AFEV enfonce des portes ouvertes en nous disant que les populations défavorisées sont plus en échec que les autres. Pas la peine d’être un spécialiste de l’éducation pour le voir. Des discours jargonneux nous expliquent en long en large et en travers ce qu’il faudrait faire, dans un charabia « novlanguesque » tellement laborieux que l’on comprend pourquoi il y a incompréhension entre les enfants et les professeurs.

 

Nous apprenons tout de même que l’échec scolaire est essentiellement dû au collège, qui induirait une rupture trop brutale par rapport au primaire. Thèse discutable, s’il en est. De même, les programmes seraient trop chargés. Depuis le temps qu’on les allège on peut pourtant se demander pourquoi l’échec s’aggrave.

 

Je ne suis pas enseignante, mais je suis allée à l’école, et j’ai aujourd’hui un fils lycéen, donc je ne peux pas m’empêcher de comparer et de noter certaines choses :

 

-          en premier lieu, l’école primaire ne remplit plus sa fonction, qui est d’apprendre aux enfants non seulement à lire, écrire et compter, mais tout simplement à apprendre. Le ludique a remplacé l’effort sans lequel il est impossible de poursuivre une scolarité jusqu’au bac. Le programme est un fourre-tout dans lequel on fait plus de formatage « citoyen » (pour ne pas dire politique) que d’enseignement réel. La grammaire, inexistante, est remplacée par des éléments de linguistique que ni les enseignants ni les enfants ne comprennent (les parents non plus), et cela les handicape gravement lorsqu’on commence à aborder les langues étrangères, et ne parlons pas des langues anciennes. Le calcul mental a disparu au détriment de la calculette.

-          D’autre part, peu importe où se situe l’école et quel est l’environnement socioculturel, le programme sera le même de Dunkerque à Marseille, que ce soit dans les ZEP dans lesquelles la moitié des gamins ne parle pas français, ou dans les écoles huppées des beaux quartiers, avec le même effectif par classe. Le formatage est la règle, mais pour formater quelqu’un, il faut au minimum qu’il comprenne ce qu’on lui dit. La carte scolaire interdit à un bon élève d’un mauvais quartier d’aller ailleurs. Il ne suffit pas de supprimer la carte, il est d’ailleurs indispensable que les écoles soient tenues de prendre les enfants de leur quartier avant de recruter à l’extérieur. Faire galérer les parents n’est pas souhaitable, les enfants du primaire n’ayant pas d’autonomie. En revanche il est indispensable que le chef d’établissement soit maître chez lui et décide de l’effectif des classes et de la teneur du programme, à l’exception des fondamentaux en Français et calcul qui doivent impérativement être acquis. Si les enfants ont des difficultés avec le Français, libre à lui de leur fournir des cours d’apprentissage supplémentaires de la langue plutôt que des cours d’histoire ou SVT, qui, de toutes façons, seront repris au collège.

-          Aucun enfant ne doit arriver au collège sans savoir parfaitement lire, écrire et compter ! C’était ainsi autrefois, pas de raison que ça change. S’il y a des gamins irrémédiablement incapables d’apprendre, il faut alors prévoir pour eux des structures particulières, mais je gage qu’avec des écoles primaires plus adaptées à leur environnement et plus autonomes, le nombre de ces enfants chutera de façon vertigineuse. Il sera alors toujours temps de s’occuper sérieusement des problèmes des collèges et lycées, car il y a aussi beaucoup à dire.


D'ici là j'attends qu'on crée le Jour du Refus de la Connerie, mais ça va faire un sacré boulot.
 

 

Par Christiane Chavane - Publié dans : Education
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Commentaires

Bonsoir,
Je suis enseignante spécialisée en RASED,formatrice de l'association "LIRE ET FAIRE LIRE" et auteur d'un livre paru l'an dernier chez l'Harmattan"DE L'ECHEC SCOLAIRE AU BONHEUR D'APPRENDRE"
L'école ne fait plus son travail.......
Et les parents dans tout cela , vous croyez qu'ils font tous vraiment leur travail de parent?
Le travail des parent consiste à éduquer....
Nous, pauvres profs des écoles, on tente de remplir notre rôle qui est celui d'enseigner....
Le problème c'est qu'il nous faut aussi éduquer....
Donc les cartes sont faussées!
Cordialement
Madeleine Khalifa
Commentaire n°1 posté par Madeleine Khalifa le 19/10/2009 à 14h36

Chère Madame

Merci pour votre témoignage.
Je serais ravie de lire votre ouvrage, je vais donc me le procurer.
Ne croyez pas un instant que mon post soit une critique des enseignants, bien au contraire. Tout particulièrement dans le primaire, je sais avec quel dévouement la plupart des « professeurs des écoles » fait de son mieux pour apprendre à nos enfants à lire et écrire. Hélas, les programmes imposés par l’éducation nationale et la volonté délibérée de l’administration EN de déposséder peu à peu les parents de leur mission éducative, et d’en charger l’école, ne date pas d’hier, et nous conduit à un véritable désastre. Dans le quartier où nous vivons, qui n’est ni spécialement riche ni spécialement pauvre, les enfants que nous côtoyons sont en majorité correctement éduqués. Je sais bien que ce n’est pas vrai partout et qu’en beaucoup de lieux les parents ont démissionné de leur rôle, mais je pense que cela est plus ou moins voulu. Toute la société française est devenue plus ou moins assistée, infantilisée. Au pays du principe de précaution, il suffit d’ouvrir un journal pour entendre parler d’une nouvelle loi destinée à nous protéger contre nous-mêmes. Avec un tel contrôle de l’état sur notre vie quotidienne, il ne faut pas s’étonner que nous laissions la collectivité prendre en charge ce qui est du ressort de la responsabilité individuelle. C’est tout un problème de société que vous évoquez donc par cette simple question « vous croyez qu’ils font leur travail de parents ? ». Cela dit ne généralisons pas, beaucoup de parents font encore leur boulot, et par les temps qui courent, c’est de plus en plus courageux. Si cela continue ils se retrouveront dans l’illégalité !

Bien cordialement
Christiane Chavane

 

Réponse de Christiane Chavane le 19/10/2009 à 14h39

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